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Nativité du Seigneur

     

"Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours

Qu'il faut chommer ; on nous ruine en fêtes.

L'une fait tort à l'autre ; et monsieur le Curé

De quelque nouveau Saint charge toujours son prône."

             La Fontaine, Le savetier et le financier

 

Le présent lexique donne de courtes notices sur les personnes honorées comme saintes par l’Église orthodoxe, sur les principaux lieux saints anciens ou actuels (sièges épiscopaux, monastères, lieux de pèlerinage), sur les conciles œcuméniques ou parfois régionaux, sur les fêtes de l’Église et les noms de baptême qui leurs sont associés, ainsi que sur quelques termes du vocabulaire ecclésiastique, théologique et liturgique.

       Il a paru utile d’ajouter quelques autres personnes, soit parce qu’elles ont joué un rôle notoire dans l’histoire de l’Église orthodoxe, soit parce qu’elles sont particulièrement chères aux chrétiens orthodoxes. À cette dernière catégorie appartiennent les martyrs de la Révolution française dont le combat est si étrangement semblable à celui des néo-martyrs orthodoxes du 20ème siècle. Ils font l’objet d’un complément en annexe.

 

        Les noms des saints

       Les saints sont désignés par leur nom chrétien qui est soit leur nom de baptême soit leur nom monastique. Ce nom de personne correspond à ce que la terminologie administrative francophone actuelle appelle curieusement un «prénom». Ce nom est complété par un déterminant, généralement géographique, destiné à identifier le saint, à le situer et à le distinguer des ses homonymes éventuellement nombreux.

       L’Antiquité païenne avait recours au lieu de naissance comme déterminant : Zénon d’Élée et Zénon de Kition. Mais la tradition chrétienne adopte une toute autre perspective, elle choisit un lieu relatif à la «naissance au ciel» c’est à dire à la mort. Ce lieu peut être celui du martyre, le siège épiscopal pour un évêque, le monastère pour un moine, le lieu de la sépulture ou de la vénération des reliques.

        Chaque fois que cela était possible, la forme francophone des noms de personne et des noms de lieu a été adoptée. Les principales variantes locales de ces noms et leur forme dans différentes langues sont éventuellement signalées en fin de notice.

     Les séries de saints homonymes sont classées selon l’ordre alphabétique des déterminants principaux. Les saints les plus éminents sont toutefois placés en tête de leur série où une étoile * signale à la fois cette dérogation à la règle alphabétique et le commencement de la série.

  

       L’historicité des saints

    Prenant exemple sur Jean Zonaras (+ 1150), canoniste, historien et théologien laïc byzantin, et sur le Père Macaire de Simonos-Pétra, en grec Makarios Simonopétritis (Sp), nous avons introduit des remarques critiques chaque fois que le bon sens et la vraissemblance historique nous inspiraient, selon les cas, une certaine prudence par rapport à nos sources, ou inversement une audace certaine par rapport à des traditions ecclésiastiques contradictoires.

      Nous avons voulu éviter aussi la candeur universitaire qui consiste à voir du fabuleux partout. Saint Antoine s’entretenant avec saint Paul sur un vitrail de Chartres n’est pas l’œuvre d’un moyenageux ignorant qui ne savait pas que les deux saints vivaient à des époques différentes, c’est en revanche l’œuvre d’un artiste médiéval qui, contrairement à bon nombre de nos contemporains, savait distinguer Paul de Tarse, l’apôtre, et Paul de Thèbes, l’ermite.

      Voltaire, le maître des candides, a cru bon de tourner en dérision la sainteté de Séraphin* d’Ascoli, un saint du 17ème siècle canonisé par l’église latine en 1767 et qu’elle fête le 12 octobre. Il s’en serait abstenu si sa correspondance suivie avec l’impératrice Catherine II de Russie l’avait éclairé sur l’Église du pays. Il aurait alors su reconnaître dans l’ascèse de ce saint italien un authentique fol en Christ, frère de nombreux saints russes. Il nous est aujourd’hui dommageable que l’homme de Ferney (01), ce grand homme de lettres français et ce polémiste bien souvent clairvoyant, courageux et efficace, se soit contenté à propos de la Russie de contacts épistolaires avec l’impératrice. De par ses fonctions et son idéologie, l’autocrate était en effet, sur son pays, victime de préjugés nombreux1.

       Les historiens de l’art se plaisent parfois a souligner les ressemblances entre les images de s. Georges terrassant le dragon et celles de Persée délivrant Andromède en coupant la tête de Méduse. Certains savant en déduisent aussi que le s. patron de l’Angleterre ne serait qu’un personnage imaginaire, une réplique christianisée d’un héros mythique païen. Cette hypothèse n’est pas raisonnable. Comment des communautés chrétiennes attachées à perpétuer la mémoire de milliers de martyrs qui ont préféré un jour endurer des tortures et la mort plutôt que d’incliner la tête un tant soit peu devant une idole, comment ces gens-là ont–ils pu un jour se mettre d’accord pour vénérer un héros imaginaire comme s'il s’agissait d’un saint personnage réel ? Comment ont-il pu se mettre d’accord pour lui trouver des ossements ? Et comment enfin ont-ils pu se mettre d’accord entre eux pour prier et obtenir de Dieu que ces ossements d’emprunt pussent accomplir des miracles ? Ce scénario est trop invraissemblable pour qu’on puisse raisonnablement y croire.

      Lorsqu’un saint a laissé des traces de vénération, un nom, une date de fête, un pèlerinage, une légende, c’est un indice plus que sérieux de son existence. Seul Dieu, dans sa toute puissance, aurait, s’il lui plaisait, le pouvoir de ne pas exister pour quiconque souhaite son inexitence. Les saints qui sont des hommes, soumis aux lois du temps et de l’histoire, n’ont pas quant à eux ce pouvoir surnaturel de décider n’avoir pas existé.

        Quand la connaissance que nous avons d’un saint est à la fois imprécise et incomplète, voire même parcellaire, cela ne signifie en rien que ce saint n’aurait jamais existé. Car l’ignorance qui est la nôtre ou la défaillance de notre documentation ne sont pas des preuves de l’inexistance de qui que ce soit. Ce n’est au juste qu’une lacune de plus dans nos sources d’information et dans nos connaissances.

        Nous avons fait nôtre l’adage du rabbin Lévy ben Guershom dit Gersonide, un homme de science qui est né à Bagnols-sur-Cèze en 1288 et qui avait coutume de dire : « Lorsque la science et le texte saint semblent se contredire, c’est probablement que l’état de mes connaissances ne me permet pas encore de trouver la façon de les concilier. »

         Contrairement à une opinion fort répandue, ce ne sont pas les saints les plus anciens qui sont entourés du brouillard d’ignorance le plus épais. Ce sont en effet les très nombreux saints du 20ème siècle qui nous sont les moins bien connus, et de loin, à quelques notables exceptions près. Cette situation, apparemment paradoxale, a deux raisons : la première, c’est que les historiens qui étudient le siècle dernier n’ont aujourd’hui qu’à peine commencé leur travail, la seconde c’est que les techniques de destruction massive des personnes (les témoins) et des preuves (leurs reliques) ont atteint, durant ce siècle, un niveau d’efficacité inédit. On en sait en effet beaucoup plus sur la mort de s. Martin de Tours, à Candes en 397, que sur celle de ste Marie de Paris, à Ravensbruck en 1945.

            C’est encore le 20ème siècle qui détient le record du nombre des noms de « saints » purement inventés. Saint-Albray® de Jurançon (64), Saint-Môret® de Marsac-sur-l’Isle (24) et Saint-Agur® de Beauzac (43), ne sont ni des saints, ni des terroirs, ni des villages, ni des noms de famille, ni aucune référence médiévale précise, mais de simples marques publicitaires fabriquées de toutes pièces et déposées respectivement en 1974, 1977 et 1988 pour devenir des propriétés commerciales de Jean-Noël Bongrain, créateur du Caprice des dieux® en 1956, auquel succéda le groupe Bongrain S. A. en 1992 puis Soparind-Bongrain en 2004 et enfin la Compagnie des Fromages & Riches monts en 2008. Wp-fr.

 

          Quel est le nombre des saints ?

         Les quelques huit mille saints recensés par leur nom dans le présent dictionnaire ne sont qu’une partie des saints vénérés par l’Église. Il faut y ajouter les nombreux saints anonymes vénérés collectivement en nombre précis ou indéterminé. Les ss. martyrs de Lyon par exemple sont neuf à être nommés par une source historique sûre, 48 à avoir été dénombrés comme martyrs entre juin et août 177 et quelques un encore à avoir remporté la palme du martyre dans les mois qui suivirent.

        Et il convient de se souvenir aussi de tous les saints connus de Dieu seul que nous vénérons parmi « tous les saints », « tous les saints de l’Athos » et « tous les saints de France » respectivement les 1er, 2ème, 2ème ou 3ème dimanches après la Pentecôte.

        Dieu qui est à la fois « admirable dans ses saints » et extrêmement humble dans sa conduite, ne nous laisse pas connaître tous les bienfaits d’assistance, de réconfort et de guérison qu’il accorde quotidiennement aux hommes par l’intermédiaire de nos saints pères et de nos stes mères, ses témoins.

 

Le vendredi 22 juin 2012,

fête de s. Aaron d’Aleth, ermite.

Mis en ligne le vendredi 23 décembre 2016

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1 Voltaire, Mélanges, Gallimard (Pléiade), 1981, pp. 1347-1357. La canonisation de saint Cucufin[*], frère d'Ascoli, par le pape Clément XIII, et son apparition au sieur Aveline, bourgeois de Troyes, mise en lumière par le sieur Aveline lui-même., sans date [1769]. Wp-fr.

 

L'ancienne abbaye Saints-Pierre-et-Paul devenue abbaye Sainte-Geneviève puis Lycée Henri IV à Paris où furent inhumés Geneviève, Clovis et Clotilde. À gauche, l'église Saint-Étienne-du-Mont où on vénère aujourd'hui le tombeau de sainte Geneviève. Tout à fait à droite, les pierres du Panthéon national, ancienne église Sainte-Geneviève.

Vocabulaire

Pour compléter cette présentation sur l’historicité des saints, il convient d’éclairer le sens de quelques mots très souvent employés de façon incorrecte ou imprécise.

 

fable (la), récit tiré essentiellement de l’imagination d’un conteur.

fabuleux, adjectif, se dit d’un animal imaginé pour faire rêver et qui n’existe pas dans la nature.

historique, adjectif, se dit d’un fait vérifié par l’histoire et d’un document pouvant servir de source à un historien soit pour le récit qu’il contient, soit pour les détails qu’il mentionne.

imaginaire, adjectif, se dit d’un fait ou d’un personnage purement fictif.

légende (la), du latin «legenda», «ce qui doit être dit…» par exemple «… pour qu’une carte géographique soit compréhensible», «… pour que la mémoire d’un saint soit honorée selon l’usage», récit consacré par l’usage de la vie d’un saint, d’un personnage célèbre. Ensemble des épisodes les plus célèbres de ce récit. Le terme n’inclut pas forcément l’idée de faits imaginaires mais elle implique celle de stéréotypes et d'un ton exagérément louangeur : la légende de Napoléon.

légendaire, adjectif, relatif à un récit consacré par l’usage et voué à la louange d’un personnage.

merveilleux, adjectif, se dit des passages d’un récit profane où intervient miracle ou magie.

merveilleux (le), nom, recours dans un récit à une intervention surnaturelle.

métaphore littéraire (la), emploi d’un terme désignant habituellement une personne ou une chose pour désigner une personne ou une chose différentes sans que soit introduit de mot indiquant la comparaison. «Comme le pélican… » (2des lamentations au tombeau, le Samedi-Saint) est une comparaison faite de la personne du Christ avec un pélican. «Agneau de Dieu, qui enlèves le péché du monde… » est une métaphore scripturaire.

métaphore iconographique (la), le concile In Trullo (691) proscrit la représentation iconique des métaphores littéraires, comme les images du Christ sous les traits d’un agneau. Et les conciles de Moscou (1551, 1553, 1666) proscrivent à leur tour les images du S. Esprit sous les traits d’une colombe. Mais ces conciles n’excluent pas l’usage des attributs symboliques : la lyre ou la harpe signifie le s. roi David, les clés désignent s. Pierre, l’épée s. Paul et le sautoir s. André.

miraculeux, adjectif, se dit d’un épisode où l’intervention divine se manifeste à tous avec évidence.

mythe (le), récit fictif énonçant un enseignement religieux ou politique.

mythologique, adjectif, relatif à un mythe par son aspect à la fois fictif et instructif.